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Psychomotricité

Ce qu'un psychomotricien peut écrire en conclusion de bilan

Vous posez un diagnostic psychomoteur. Le terme n'est pas une commodité de langage : il est employé par la Haute Autorité de Santé dans son guide sur les troubles du langage et des apprentissages, et il figure dans la première compétence du référentiel du diplôme d'État. Ce que vous ne posez pas, c'est un diagnostic nosographique, celui qui nomme un trouble répertorié.

La ligne, en trois phrases

  • Vous caractérisez un fonctionnement psychomoteur et son retentissement.
  • Vous ne nommez pas un trouble répertorié, cela revient au médecin ou à une démarche pluridisciplinaire qu'il coordonne.
  • Si un médecin a déjà posé le diagnostic, vous le reprenez : ce n'est plus vous qui le posez.

Pourquoi la règle est plus stricte que pour d'autres professions

La comparaison avec l'orthophonie est instructive, parce que les textes ne disent pas la même chose. Le code de la santé publique précise, pour l'orthophoniste, qu'il « établit en autonomie son diagnostic ». Cette phrase n'a pas d'équivalent pour le psychomotricien : son exercice est décrit comme intervenant sur prescription médicale, et le décret de compétences le situe après un examen réalisé par le médecin.

Ce n'est pas une question de compétence clinique, c'est une question de texte. Le législateur a doté une profession d'un pouvoir diagnostique explicite et pas l'autre. Tant que cela n'évolue pas, la prudence dans la rédaction n'est pas de la timidité, c'est le respect du cadre.

À noter au passage : la profession n'a ni ordre professionnel, ni code de déontologie réglementaire. La loi prévoit un décret sur les règles professionnelles qui n'a jamais été pris. Les chartes qui circulent sont associatives, utiles, mais sans valeur réglementaire.

Les termes qui ne passent plus

Le décret de compétences date de la fin des années 1980 et emploie encore un vocabulaire absent des recommandations actuelles. Sur l'ensemble du corpus récent de la Haute Autorité de Santé, plusieurs de ces termes n'apparaissent tout simplement plus.

Retard psychomoteur a cédé la place à la description d'un décalage des acquisitions, domaine par domaine. Instabilité psychomotrice est l'ancien nom français de ce qu'on appelle aujourd'hui le trouble déficit de l'attention : mieux vaut décrire l'hyperactivité motrice, l'impulsivité et les difficultés d'inhibition observées. Débilité motrice n'est plus publiable auprès d'une famille.

Dysharmonie psychomotrice mérite une mention particulière. La Haute Autorité de Santé en fait un motif de réactualisation diagnostique : un enfant qui a reçu ce type d'étiquette peut se voir proposer une reprise de la démarche. Écrire « profil psychomoteur hétérogène », avec les écarts chiffrés qui le décrivent, dit la même chose sans traîner l'ancien cadre.

Enfin, trouble du traitement sensoriel et trouble de la modulation sensorielle ne sont des diagnostics dans aucune classification en vigueur. Les particularités sensorielles s'observent et se décrivent, elles ne se diagnostiquent pas. « Particularités sensorielles » avec les quadrants chiffrés est la formulation qui tient.

Deux seuils à ne pas confondre

L'expertise collective de l'Inserm de 2019 recommande de retenir le 16e percentile, et non le 5e, pour le critère de performance motrice du trouble développemental de la coordination. Entre le 5e et le 16e, les conséquences sur la vie quotidienne et à l'école peuvent déjà être importantes.

Le seuil de deux écarts-types est celui du trouble de l'écriture, sur les épreuves qui l'évaluent. Entre un et deux écarts-types, la même expertise invite à envisager le trouble sans le poser.

Les deux seuils ne parlent donc ni du même domaine ni de la même chose. Les intervertir dans une conclusion est une erreur fréquente.

Les verbes qui tiennent, et ceux qui exposent

À employer : le bilan objective, met en évidence, documente, décrit, est compatible avec, évoque, oriente vers, ne permet pas d'exclure, justifie une orientation vers.

À éviter : je diagnostique, le bilan confirme, l'enfant présente un [trouble nommé], le diagnostic est posé.

Le mot le plus délicat est « confirme ». Un bilan ne confirme pas : il mesure, et il met en évidence. Et un test ne confirme rien non plus, quelle que soit la clarté de ses résultats.

Comment Scielle applique cette limite

Elle est inscrite dans le générateur, et volontairement plus stricte que pour l'orthophonie. Si vous n'avez nommé aucun trouble dans vos notes, le compte rendu n'en nomme aucun, même quand toutes les mesures y conduisent. Il décrit le fonctionnement, expose le retentissement, nomme les ressources, et renvoie la conclusion au médecin.

Si vous avez nommé un trouble, il est repris exactement, avec la réserve que vous y avez mise. Elle n'est ni renforcée, ni effacée, ni dans le corps du texte, ni dans le titre du document.

Voir aussi notre page sur le compte rendu de bilan psychomoteur.